« La solitude, sentiment bien connu de tous et qui n’est pas l’apanage des tranches d’âges 40 ans et plus puisque les trentenaires sont aussi largement concernés. »

Il faut différencier l’état de solitude du sentiment de solitude. Il y a ceux qui se sentent seuls parce qu’ils le sont vraiment et il y à ceux qui ressentent un sentiment de solitude malgré leur entourage familial ou amical. Selon les récentes études en ce domaine, dont les résultats ont été brièvement présentés fin juin aux informations de 20 heures sur France 2 et d’autres chaînes de télévision, la part de la population française qui exprime subir un état et/ou un sentiment de solitude aurait augmenté de 20 % entre 2010 et 2012.

« 4.8 millions de français n’auraient pas de « réseau de sociabilité » et sont identifiés comme étant  seuls. »

Le « réseau de sociabilité » est le terme barbare par lequel on désigne aujourd’hui les groupes des amis, collègues et proches. N’avoir aucun « réseau de sociabilité » c’est donc n’accéder à aucun moyen de sociabilisation qu’il s’exerce dans le milieu professionnel ou dans celui de la vie privée. On peut aussi accéder à ces moyens mais ne pas savoir les utiliser. Qui ne s’est jamais senti exclu d’une discussion entre collègues de boulot ou entre autres personnes que l’on côtoie occasionnellement lors de nos efforts de sociabilisation? Qui ne s’est jamais senti démuni face à la facilité qu’ont certain(e)s pour devenir en peu de temps le centre de toutes les attentions?

« Les moyens de sociabilisation existent, il faut essayer d’appendre à les utiliser. »

C’est une chose que de ne pas avoir accès aux moyens de « sociabilisation », cela en est une autre une fois le moyen acquis de savoir l’utiliser… La plupart d’entre nous avons effectivement accès à au moins un de ces moyens mais ou nous ne savons pas comment l’utiliser ou parce qu’il est trop restreint en termes d’opportunités de rencontres, nous retrouvons vite face à un vide de possibilités… Il est assez clair que l’une des meilleures solutions à ce problème est de multiplier les opportunités de rencontres et donc de « sociabilisation » en travaillant (réseau professionnel, éventuellement collègues sympas avec qui passer quelques moments), en pratiquant une ou deux activités, sportives, créatives ou encore associatives, afin de se frotter au monde extérieur, ce qui est déjà un premier pas, et de s’habituer à aller vers les autres pour que les chances qu’eux viennent ensuite vers vous augmentent. Par contre, il est tout aussi clair, encore une fois, que nous n’avons pas tous les mêmes chances et facilités face à la difficulté de créer un réseau social. Vous pouvez aussi ne pas travailler pour diverses raisons et la principale d’entre elles, le chômage (grande nouvelle!), en conséquence, vous n’aurez pas forcément les moyens de vous payer une ou des activités sportives ou créatives malgré les tarifs réduits de nombreuses associations. Cette remarque vaut d’ailleurs aussi pour les travailleurs dits pauvres (« Travailler pour gagner plus? »…). Par contre, il reste possible de s’engager bénévolement au sein d’une association et ainsi avoir au moins accès à ce réseau qui vous donnera autant que vous lui donnerez.

« L’égalité face à la solitude! 21% des français affirment se sentir seuls, quels que soient leur genre, profession, etc. »

La solitude nous toucherait sans distinction de sexe ou autres critères de différenciation… Non, un critère favorise tout de même ce sentiment, qui est alors requalifié en sentiment d’exclusion, et qui prend sa source dans la pauvreté ou les faibles revenus. L’étude précise que le sentiment de solitude est deux fois plus important chez les personnes ayant des revenus mensuels inférieurs à 1.000 euros (à 1.000 euros vous êtes sauvés!), puisque 38% éprouvent ce sentiment qu’ils nomment aussi sentiment « d’isolement ». De manière plus générale, les « foyers » (un foyer fiscal peut être composé d’une seule personne comme d’une famille, ce qui rend alors l’analyse fort différente…) dont les revenus sont compris entre 1.000 euros et 1.500 euros, ont exprimé pour 17% d’entre eux ressentir ce sentiment contre 7% en 2010. L’étude a également constaté que le sentiment de solitude n’est plus l’apanage des classes d’âges supérieures et que les personnes appartenant à la fourchette des 30-39 ans est de plus en plus touchée.

« 9% des 30-39 ans expriment ressentir un sentiment d’isolement en 2012. »

Le constat de l’accroissement du sentiment de solitude ou d’isolement chez les trentenaires est considéré comme un phénomène nouveau mais aussi inquiétant. Le pourcentage aujourd’hui de 9% était de 3% en 2010. La majorité des trentenaires concernés vivent seuls, n’ont pas d’enfant, ont également peu de diplômes (en avoir un c’est déjà pas mal non?) et ont corrélativement des difficultés à intégrer le marché du travail. Ils ont donc des lacunes en termes de moyens de sociabilisation, à tout le moins en ce qui concerne les proches et les collègues, mais il est aussi vrai que lorsque l’on se laisse dépasser par ce sentiment de solitude, on adopte souvent un comportement vis-à-vis des personnes que nous sommes amenés à côtoyer qui nous isole davantage et rend encore plus difficile le travail de développement d’un réseau amical et bien sûr de construire une relation amoureuse.

En effet, aujourd’hui et depuis quelques temps déjà, le développement d’un réseau, hors le cadre des études qui le facilitent grandement, s’apparente à un véritable engagement de sa personne. Une fois, le train-train du quotidien installé, il paraît parfois à certains d’entre nous, plus nombreux que ce que nous pensions, presque impossible de dépasser cet état d’isolement dans lequel nous nous installons si nous ne prenons pas garde mais par lequel il est aussi difficile de ne pas se faire dépasser.

« Rencontrer quelqu’un, ne plus être célibataire, est souvent le premier objectif à atteindre pour sortir de cet état d’isolement. »

Pour autant, les autres tranches d’âges restent touchées et elles aussi subissent l’accroissement de ce sentiment. En effet, le sentiment de solitude ou d’isolement des plus de 75 ans ne fait que croître, passant de 16% en 2010 à 21% en 2012.

Si la valeur couple ou relation amoureuse pour l’ensemble des français, dont les trentenaires qui à cet âge cherchent en général à vivre une ou des relations amoureuses sérieuses, prend de l’ampleur en termes de sociabilisation, c’est aussi parce que la valeur travail perd de son sens notamment en termes de relations entre collègues qui pour 27% de ceux qui occupent un emploi (20% en 2010) ne représente pas un moyen de sociabilisation, les relations entre collègues se limitant au temps de travail.

Par contre, être entouré d’autres personnes, comme c’est le cas dans les villes, ne signifie pas « être moins seul » puisqu’en milieu rural le sentiment de solitude n’a pas connu d’évolution alors qu’en ce qui concerne les habitants des grandes villes, celui-ci est passé de 8% en 2010 à 14% aujourd’hui. Le niveau de revenu, quels que soient l’âge et le lieu de résidence, participe de l’augmentation des pourcentages pour ceux d’entre nous dont les revenus sont faibles et ne permettent donc pas ou peu de sortir, voyager, s’amuser, etc.

Par contre, grande nouvelle ou non, pour ceux s’estimant seuls et isolés, l’utilisation des réseaux sociaux virtuels ne change pas grand chose voire rien à leur situation, puisque 24% des personnes « isolées » utilisant les réseaux sociaux (contre 12% en 2010) expliquent que leur sentiment de solitude ne connait pas d’amélioration.

Alors? Les réseaux sociaux ne facilitent pas plus les rencontres que les diverses activités réelles que l’on peut pratiquer? Et bien oui, il faut à moment donné l’assumer et le dire (ou l’écrire), les réseaux sociaux, pour les plus lucratifs en tout cas, ne sont qu’un vaste marché et on le sait bien consommer ne permet à personne de véritablement s’épanouir. Alors que faire? Et bien, avec ses moyens, et c’est très souvent ceux qui en ont le moins qui en font pourtant le plus, participer à des activités qui vous permettent de vous ouvrir aux autres tout en leur donnant de vous-même, car très honnêtement, c’est bien ainsi que vous vous sentirez le plus vivant et que vous recevrez d’autant plus.
 
Enquête menée par la Fondation de France, selon la méthode des quotas et réalisée par téléphone auprès de 2.200 personnes majeurs, entre le 10 et le 27 janvier 2012 par l’Institut d’Etudes TMO Régions et par l’Institut Wei.

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